Depuis 1996, Stany LEDIEU (Délégué Technique Mondial Yoseikan
Bajutsu) enseigne le Yoseikan Bajutsu à la Brigade Equestre
de la Police Urbaine de la Ville de Mons (B). En fait, c’est
suite aux événements survenus à Liège le 28 novembre 1995
que le Commissaire en Chef de la Police de Mons, Monsieur
Luc DEMOL, a fait appel aux services de Stany LEDIEU et de
son équipe.
A l’origine.
Lors de ces événements de 1995 entre gendarmes et étudiants
et enseignants, certains se souviennent encore de ces images
où un gendarme, n’arrivant pas à remonter sur son cheval (mais
que faisait-il à pied ?), se retrouve un pied à l’étrier,
accroché à sa selle pendant une bonne dizaine de mètres avant
de percuter une voiture en stationnant et d’être désarçonné
de son « étrier » ! Le cheval continuant sa route pendant
12 km ( !) à travers la ville de Liège.
Ces images serviront longtemps les premiers élèves de Stany
LEDIEU, et permettrons de mieux développer en situation réelle
les techniques de monte à cheval sans étriers (Norikata).
Si ce gendarme avait connu ces techniques à l’époque des faits,
il n’aurait certainement pas fait la « Une » des journaux.
Mais surtout, ce qui a déclenché la collaboration entre
la Police de Mons et le Yoseikan Bajutsu a tenu « à un fil
». Quand Stany LEDIEU fut contacté par Monsieur DEMOL, après
quelques mises au point pratiques, une chose a décidé Stany
LEDIEU : l’acceptation par le Commissaire DEMOL d’intégrer
« la sangle d’attache d’étriers » présentée par Stany LEDIEU
au harnachement officiel des policiers de la Brigade Equestre
de la Police de Mons. Monsieur DEMOL, qui avait été Commandant
d’Escadron à la Cavalerie de la Gendarmerie, connaissait l’harnachement
officiel, et avait imposé un harnachement similaire pour la
brigade montoise. La seule condition acceptée, naissait le
Yoseikan Bajutsu Spécial Police. Mais nous reviendrons ultérieurement
à cette fameuse « sangle d’attache d’étriers ».
Programme technique.
Il est bien évident que nos policiers ne tirent pas à l’arc,
ni ne lancent de javelot. Mais cela arrive, c’est alors uniquement
lors d’entraînement et dans un but pédagogique précis. L’arc
ou le javelot apportant à ces professionnels modernes de l’équitation
« militaire » un aspect ludique demandant néanmoins concentration.
En outre, lors de tous ces exercices, Stany LEDIEU cherche
toujours à travailler autant que possible, le cavalier et
le cheval.
Techniques d’utilisation et de maniement du bâton de police.
Plus long que celui d’un policier à pied, le bâton de police
du policier-cavalier se rapproche en dimension du sabre utilisé
en Bajutsu. Dès lors, un apprentissage de cette « arme » est
donné au préalable avec des Tchôbo (sabre en bambou recouvert
de mousse permettant un travail en toute sécurité, et pour
le cavalier, et pour le cheval).
En réalité, peu de travail avec le bâton de police, pour la
simple raison qu’en Belgique la loi est telle qu’il vaut mieux
pour nos policiers ne pas faire usage de cette arme au risque
d’avoir à se justifier (dans le meilleur des cas), ce qui
n’est pas gagné d’avance.
Qu’en est-il alors du travail spécifique de ces policiers
vous demanderez-vous ? Et bien, tout le reste, simplement.
Enumérons quelques-unes de ces techniques et développons-les
un peu :
- Les techniques Norikata (ou techniques de monte à cheval
sans utilisation des étriers). D’apparence ludique, ces
techniques sont d’une importance capitale. A la lumière
des images des événements de 1995, si nous avions vécu dans
un monde plus impitoyable et non-civilisé, certainement
ce gendarme, mis à terre au milieu des manifestants, n’aurait
pas survécu car aux mains de « l’ennemi ». Heureusement,
nous n’en sommes plus à cette époque, même si l’actualité
quotidienne à travers le monde pourrait démentir ces propos,
et nous ne sommes pas, dans nos pays tout au moins, à la
limite de la guerre civile chaque jour. Toujours est-il
que ces techniques de monte à cheval, pratiquées à l’arrêt,
et aux 3 allures, permettent au cavalier de remonter sur
son cheval dans toutes les situations (en principe). Cette
connaissance de mouvements spécifiques apportent également
une grande confiance au cavalier. Evidemment, il nous faut
mettre l’accent sur l’aspect « sportif » de quelques techniques,
car pratiquées au galop. Dans l’esprit de notre méthode,
le cavalier ne doit pas mettre pied à terre dans ce genre
de situation, et s’il le fait, ce sera volontairement,
car il ne peut être désarçonné…
- Les techniques Orikata (ou de descente de cheval sans
utilisation des étriers). A quoi cela sert-il vous demandez-vous
? Simplement à gagner en rapidité, et à garder la « forme
» évidemment (aspect tonique). Plus naturellement, ces techniques
vous permettent d’être dans la seconde pied à terre quand
la situation le réclame. Essayer un peu avec vos étriers
ou par les méthodes classiques ! Pratiquées à l’arrêt et
aux 3 allures également. Ces techniques permettent également
de sauter sur en fantassin en mouvement.
- Les techniques Jyo Tai Sabaki (ou techniques d’esquives,
de buste et de corps). Inutile d’expliquer le pourquoi du
comment, il vous suffit de penser aux projectiles et coups
divers que doivent esquiver les policiers-montés en maintien
de l’ordre.
- Les techniques Tehodoki (ou techniques de dégagement).
Où comment se libérer d’une saisie effectué par un assaillant
à pied qui tente de vous désarçonner par exemple.
- Les techniques de Kansetsu (ou clefs). Où comment immobiliser
un assaillant à l’aide d’une clef. Une clef étant un mouvement
travaillant sur l’axe de fonctionnement des articulations,
en sens « contraire », cela provoquant une douleur telle
qu’il est préférable pour celui qui subit la clef de « céder
». Le seuil critique franchit, l’indésirable risquerait
la luxation ou la fracture. Efficace et dissuasif.
- Les Atemis (ou coups portés). Un policier dans le cadre
de ses missions et lorsqu’il rentre dans le cadre de la
défense d’autrui ou de la légitime défense, est en droit
de porter un coup. Le tout est de savoir comment, le but
n’étant pas de blesser.
- Les techniques d’embarquement. Comment emmener ou déplacer,
éventuellement par la contrainte, un homme à pied lorsqu’on
est assis sur son cheval. Le but étant de s’éloigner d’une
situation dangereuse et de se retirer vers un endroit calme,
ou à l’abri des regards, ou simplement pour conduire un
target vers des collègues à pied en position reculée.
- Les techniques de saisies. Assimilées et souvent préalables
aux techniques d’embarquement. Comment « attraper » un target
dans un groupe de manifestants ou de perturbateurs ? Comment
saisir un individu qui prend la fuite ?
- Techniques de menottages depuis la position à cheval.
Sans mettre pied à terre donc.
Ces techniques sont parmi les plus courantes du programme
spécifique en Yoseikan Bajutsu Spécial Police.
Naturellement elles sont combinées entre elles.
A titre d’exemples, voici quelques illustrations de scénarios
d’entraînements :
- Lors d’une mission de maintien de l’ordre, le cavalier
est saisi par un manifestant qui tente de le désarçonner
--> Utilisation de la sangle d’attache dans le cadre
de l’esquive ou de la parade. Technique de dégagement de
la saisie et enchaînement avec une clef, donnant lieu à
une technique de saisie, permettant l’embarquement de l’individu
hors de la foule soit pour le remettre à une équipe de collègues
à pied, soit pour procéder à un contrôle ou une arrestation
(avec menottage depuis le cheval) de l’individu.
- Vol à l’arrachée. Poursuite du voleur par un policier,
saisie, embarquement, arrestation. L’autre policier s’occupe
de la récupération du sac et de la victime.
- Dispersion pacifique d’un groupe. Utilisation quasi exclusive
du travail du cheval, avec ou sans utilisation de techniques
d’embarquement.
- Intervention lors d’une bagarre. Arrêt des échanges de
coups grâce au travail des chevaux, travail d’esquives possible,
techniques de saisies, de clefs, préalables à l’embarquement
et aux arrestations.
Ces quelques idées de scénari ne sont pas significatifs
du travail de la police montée, car il est important de préciser
qu’une police montée à également comme utilités la visibilité,
la mobilité, la rapidité, la proximité. Pour cela nous vous
renvoyons au mémoire de Licence en Criminologie de Stany LEDIEU
: « Renouveau de l’usage du cheval dans les services de police.
Description – Explication – Evaluation ».
La sangle d’attache d’étriers.
Cette
sangle, inspirée de celle utilisée au Horse-Ball, mais surtout
de la sangle présente sur certains modèles de selle de voltige
cosaque, a été retravaillée par des selliers du Yoseikan Bajutsu.
Reliant les deux étriers entre eux, et réglable, elle a comme
grand avantage de donner mobilité et sécurité au cavalier.
Saisi dans le but d’être désarçonné, le cavalier se retrouvera
en équilibrage sur le côté, tenu au moyen de sa sangle d’attache
à la force de ses jambes, et disposera de ses deux mains libres,
soit pour se défendre, parer, porter un coup, saisir, se dégager,
faire une clef, ou entrer une technique d’embarquement, ou
encore menotter. A la force de ses jambes et de ses abdominaux,
le cavalier pourra se remonter en selle sans l’usage de ses
mains.
Voici ce que Monsieur DEMOL en disait lui-même dans la presse
il y a peu ; « Le Bajutsu sert nos cavaliers au quotidien.
L’un d’eux a maîtrisé, sans descendre de son cheval, un voleur
à la tire qui s’enfuyait, en l’attrapant par le cou pour l’immobiliser.
En marge de ces techniques pointues, le Bajutsu permet d’affranchir
nos cavaliers et d’habituer leurs montures aux réalités de
la ville (pêtards, fanfares, jet d’objets, …). »
En
mai 1996, trois mois après le début des formations, voici
ce que répondait le Commissaire en Chef Luc DEMOL à un journaliste
qui l’interrogeait sur les utilisations pratiques de ces leçons
; « Elles sont nombreuses : citons les arrestations de
voleurs (une dizaine effectuées jusqu’à présent), les manifestations,
ou encore, le réglage de la circulation dans certaines circonstances.
Sans oublier que le 2 juin, les chevaux affronteront pour
la troisième année la foule de la ducasse ! ».
La Ducasse ou fête du « Doudou » attire chaque année des
dizaines et dizaines de milliers de personnes dans la ville
de Mons. C’est évidemment l’occasion pour nos policiers à
cheval de se montrer en habit de parade et d’ouvrir le défilé
des personnalités politiques. Généralement, 3 policiers à
cheval ouvrent ce cortège au travers de milliers de personnes
hurlant, chantant, buvant, etc… Il faut savoir que durant
ce « travail » des gens touchent les chevaux, y compris sur
la croupe, lance des gobelets (en plastic dans le meilleur
des cas), ou se poussent sur les chevaux. Ce travail de professionnels
est certainement une épreuve que peu voudrait endurer, ce
qui est tout au mérite de Monsieur DEMOL, de ses hommes et
des chevaux de la Police de Mons.
Le travail des chevaux.
Outre le travail classique de dressage (très important dans
la préparation physique du cheval – souplesse, équilibre,
soumission, etc…), le travail spécifique de dressage du cheval
de police a toute son importance.
Qu’il soit présenté sous forme de jeu ou dans un scénario-type,
le travail du cheval de police est capital.
En fait, il n’y a pas de formule miracle. Tous les exercices
possibles et imaginables peuvent constituer de bons exercices
de préparation pour un cheval de police. Par exemple : passer
sur des bâches ou sacs plastics, franchir un mur de feu, passer
sur un « matelas » de pêtards, accompagner une fanfare, déplier
une carte, marcher près d’un voiture pour enfant ou d’un vélo,
passer un portique avec des banderoles ou des mannequins,
etc…
Tout est bon et important, et pour cela Stany LEDIEU et ses
assistants ne manquent pas d’exercices, mais ce qui compte
plus que tout c’est la façon dont l’exercice est abordé, et
comment il est amené. Comment le préparer, le présenter et
l’aborder ? Anciennement Stany LEDIEU se déplaçait jusque
Mons pour donner les cours. Actuellement, les policiers se
déplacent par petits groupes pour suivre des journées complètes
de stage aux Ecuries du Grand Royal. Souvent encore, des chevaux
de la Police de Mons appréhendent certains exercices et n’osent
franchir certains « obstacles » qu’on leur présente. Stany
LEDIEU met alors des chevaux de ses Ecuries dans la piste
afin qu’ils fassent ces exercices et facilitent le travail
des cavaliers qui pourront acquérir les bonnes réactions et
habitudes. Naturellement, les chevaux des Ecuries du Grand
Royal ne font pas cela tous les jours, puisqu’il s’agit d’une
Ecole d’Equitation et de Dressage avant tout. Cela permet
juste de comprendre que c’est dans l’approche de l’exercice,
mais surtout dans la préparation physique et mental du cheval
que le travail se prépare. En effet, il est bien connu qu’un
cheval qui ne réagit pas devant un camion rouge, vert, bleu,
etc… a surpris son cavalier parce qu’il avait un jour eu peur
d’un camion jaune par exemple. Cela peut s’éviter par un juste
travail de préparation même s’il n’y a pas de sciences exactes
en équitation et qu’un cheval reste un animal foncièrement
imprévisible quand une chose lui fait peur.
Ainsi, il y a peu, Stany LEDIEU a du mettre des chevaux dans
un passage d’un mur de feu pour les besoins d’un reportage
TV. Il travaillait un nouveau cheval qu’il venait d’acheter
2 mois plus tôt. Il décida de faire franchir ce mur de feu
à ce nouveau cheval, il serait pour l’occasion encadré de
deux autres chevaux d’Ecole. Dès la mise à feu, le cheval
fut à peine surpris par le bruit de l’implosion, et alors
que s’élevait devant lui un mur de flammes de plus de deux
mètres de haut, le cheval sous la selle de Stany LEDIEU n’hésita
pas à s’élancer et à traverser cet obstacle hors du commun.
Il s’agissait d'un cheval de sang ibérique, vraiment pas le
genre placide et froid. Stany a expliqué cela par le travail
de préparation qu’il faisait quotidiennement depuis deux mois
avec ce cheval. Jamais ils n’avaient ensemble approché une
flamme, mais la préparation physique et mental du cheval,
accompagné d’une mise en confiance établie par la communication
avait permis un tel résultat.
Confiance
en soi et philosophie.
Il va de soi que la sangle d’attache d’étriers apporte à
elle-seule un sentiment de sécurité, de confort et de confiance
en soi très important. Mais ce n’est pas uniquement cela.
L’ensemble des techniques apportent énormément aux cavaliers.
Aux chevaux aussi d’ailleurs, puisque le travail porte autant
sur le cavalier que sur le cheval dans la mesure où ils sont
associés lors du plus grand nombre d’exercices. Ensuite, chacun,
cheval et cavalier, a ses techniques propres. Pour le cheval,
le travail spécifique de dressage classique, mais aussi la
mise en confiance, l’approche de son ou ses cavaliers, le
mise en place de la communication, indispensable à une bonne
collaboration. Et surtout, « l’explication » par l’homme,
de la notion de respect réciproque, car c’est l’homme qui
apprend au cheval le respect, mais c’est le cheval qui apprend
à l’homme à rester humble.
Le cavalier travaille également de son côté : une certaine
philosophie martiale, les techniques mains nues à pied, les
clefs, les projections, les chutes, etc… et le travail au
« tonneau » (= cheval factice).
En définitive, ces cavaliers-policiers deviennent aussi
confiants et sûrs d’eux que le sont des pratiquants chevronnés
de Yoseikan Bajutsu. Ils connaissent leurs techniques, les
chevaux, ils sont habitués à une série de conditions parfois
extrêmes, et surprenantes (mises à l’épreuve des réactions)
et peuvent déjà faire face à pas mal de situations.
Certains dirigeants de la Police de Mons l’ont d’ailleurs
bien compris. Là-bas, 2 cavaliers suffisent autour des salles
de Basket ou des terrains de foot lors de matchs dit « à risques
». Et il paraît que régulièrement nos cavaliers réalisent
des « exploits » au niveau de leurs interventions et que leur
efficacité n’est plus à mettre en doute. Certains collègues
ou supérieurs qui n’avaient pas encore compris l’utilité de
chevaux au sein d’un corps de police auraient d’ailleurs changé
d’avis depuis.